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Combien il y a t-il d’Europe dans nos fruits ?

L'OGM s'attend à une récolte de 20.000 tonnes cette année

L'OGM s'attend à une récolte de 20.000 tonnes cette année, © Ramesh Amruth

15.01.2019 - Article

Des fruits sains à des prix modérés : une visite au moment des récoltes à la frontière franco-allemande montre à quel point l’Union européenne marque notre agriculture, et ce que cela veut dire concrètement pour les producteurs et les consommateurs.

Les bras en acier inoxydable poussent lentement la grosse caisse remplie de pommes dans le bain d’eau. 300 kilos de pommes de la variété Jonagold se répartissent à la surface ; elles suivent le courant et après avoir été scannées plus de quarante fois, font l’objet d’un triage entièrement mécanique en fonction de leur couleur, de leur taille et de leur rougeur. Wendelin Obrecht, fruiticulteur et président de la coopérative de producteurs OGM Obstgroßmarkt Mittelbaden eG, puise un exemplaire et dit en l’observant : « Voilà le fruit parfait, pas trop gros. On en tirera un bon prix. »

Ici, au centre de tri, OGM prépare les pommes des quelque 1 800 membres de la coopérative pour la vente aux détaillants. À la mi-septembre, on est en pleine récolte. Dans la zone de livraison s’entassent des centaines de caisses remplies de différentes variétés de pommes répandant leur doux arôme.

L’Europe en ligne de mire

Environ quatre terrains de football, c’est la surface de cette coopérative située à côté d’Oberkirch, dans la vallée idyllique de la Rench en Ortenau. À l’est se dresse la Forêt-Noire ; le doux climat est idéal pour les baies, les prunes et les pommes. En plein eurodistrict franco-allemand, l’Europe a toujours été une réalité vécue. La cathédrale de Strasbourg est visible au loin, à 25 km à peine. Par temps clair, on la voit bien du haut des montagnes environnantes.

Pour OGM, la proximité de la frontière française est un atout car non seulement la coopérative emploie de la main-d’œuvre du pays voisin, mais plusieurs exploitations alsaciennes en sont également membres, raconte le PDG Marcelino Expósito. Le trafic de marchandises transfrontalier dans l’Union européenne facilite le tout : les pommes sont cultivées et récoltées en France, puis triées à Oberkirch avant d’être vendues dans les supermarchés français.

La coopérative OGM livre également en Autriche, en Suisse et dans les pays scandinaves. Wendelin Obrecht cultive ses pommes sur cinq hectares. À côté poussent des fraises, des groseilles mais aussi du raisin, destiné à la coopérative vinicole locale. Il a repris de bonne heure l’exploitation paternelle. Aujourd’hui, il s’en occupe avec sa femme et il est également aidé par sa mère.

Soutien de l’UE aux exploitations

À Oberkirch, la production se fait sur de petites parcelles. Car la pratique séculaire du partage réel des exploitations entre tous les héritiers et le morcellement ainsi engendré n’ont pas été sans conséquence. Pour Wendelin Obrecht comme pour ses collègues dans toute l’Europe, l’agriculture n’est pas concevable sans aides européennes. Chaque exploitation reçoit des paiements directs de l’UE, en moyenne 285 euros par hectare et par an. Outre les paiements directs, l’UE encourage les investissements dans les infrastructures. Un complément important selon Wendelin Obrecht : « Les aides en soi sont très précieuses pour le développement, autant au niveau de la coopérative que chez les producteurs. » En moyenne des dernières années, l’UE a accordé environ 1 million d’euros comme fonds de soutien aux investissements à Oberkirch.

Wendelin Obrecht, fruiticulteur et président de la coopérative de producteurs OGM Obstgroßmarkt Mittelbaden eG
Wendelin Obrecht, fruiticulteur et président de la coopérative de producteurs OGM Obstgroßmarkt Mittelbaden eG© Ramesh Amruth
Wendelin Obrecht doit également dépenser beaucoup d’argent pour continuer à engranger des succès. Contre la grêle, par exemple. En effet, les pommes sont des fruits très fragiles, et les détaillants très exigeants. Depuis 2008, la récolte des pommes a souffert presque chaque année de la grêle. C’est pourquoi Wendelin Obrecht a tendu de fins filets noirs fixés à des structures en bois sur ses parcelles. Ils ne protègent pas seulement contre les grêlons mais aussi contre trop de soleil.

Pas de récolte sans travailleurs saisonniers de l’UE

Dans une région de plein emploi ou presque, les fermes sont tributaires de l’aide de l’étranger. De nombreux travailleurs polonais ou roumains viennent donner un coup de main. Ce sont eux qui assurent la récolte pendant la saison. Wendelin Obrecht en est convaincu : « Sans les saisonniers d’Europe orientale, les étalages de fruits dans les magasins allemands seraient pour ainsi dire vides. »

Même les microentreprises emploient un ou deux travailleurs venus de l’est de l’Europe, en général pour pas plus de deux mois. Ils perçoivent, bien entendu, le salaire minimum qui est en Allemagne actuellement de 8,84 euros de l’heure (chiffre de 2018). Pour M. Obrecht, une chose est sûre : « C’est le consommateur le premier à en profiter car il a ainsi accès à des produits d’excellente qualité à des prix abordables. »

L’Europe, un défi et une chance

Les consommateurs bénéficient d’un grand choix de fruits venus de toute l’Europe : fraises d’Espagne, pêches de France, pommes du Tyrol du Sud. Mais pour Oberkirch, cela signifie que la coopérative OGM est en compétition avec les autres producteurs européens, tout comme les autres régions fruitières allemandes d’ailleurs. Vu son grand pouvoir d’achat et sa forte population, l’Allemagne est en effet un marché très intéressant en Europe.

Ce qui apporte des avantages aux consommateurs constitue cependant un défi pour les producteurs. En particulier lorsque ceux-ci doivent respecter les normes élevées allemandes, que ce soit dans le domaine de la protection phytosanitaire ou des eaux ou dans celui de la sécurité au travail. Le salaire minimum variable appliqué dans l’UE complique la vie aux producteurs, estime M. Obrecht. De manière générale, Wendelin Obrecht et Marcelino Expósito abordent la concurrence européenne comme un défi sportif, misant sur la capacité du commerce et des consommateurs à reconnaître la qualité de leurs fruits.

« Beaucoup de gens viennent en avril admirer les cerisiers en fleurs »

Les pommiers sont alignés en rangs dans le verger. Le soleil brille et en cette fin d’été il fait agréablement chaud, pour ne pas dire très chaud. Les saisonniers roumains travaillent dans les parcelles, déposant doucement les pommes délicates dans les casiers. Cette année, la récolte est très bonne. Plus de 20 000 tonnes de pommes, prévoit la coopérative OGM. Seules les pommes impeccables sont destinées à la vente.

« Quel beau paysage rural », s’enthousiasme M. Obrecht. Les petites parcelles rendent certes la production plus difficile mais aussi la région très attrayante pour le tourisme. Directement à côté des pommiers sont plantés des pruniers, des cerisiers et des groseilliers. Quelques mètres plus loin, un producteur a aménagé un pré fleuri. Les chemins de randonnée se faufilent à travers les champs.

M. Obrecht et de nombreux autres producteurs exerçant leur activité à titre principal ou comme appoint sont fiers de leur région, fiers de leur travail. Tous ne trouvent pas des repreneurs lorsqu’ils partent à la retraite, certains sont contraints de fermer leur exploitation. Pour Wendelin Obrecht, la relève est assurée puisque son fils fait des études d’horticulture et intégrera bientôt l’entreprise paternelle. Les pommes, les baies et les quetsches d’Oberkirch  – autant de fruits délicieux qui continueront d’adoucir la vie des consommateurs allemands et européens.

© Gouvernement fédéral

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