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Un nouvel élan pour l’Europe - y compris pour la politique de paix ? Le rôle de l’Allemagne entre lignes directrices nationales et réformes européennes

Niels Annen

Niels Annen, © Susie Knoll

15.06.2018 - Article

Allocution du ministre adjoint Niels Annen à l’occasion de la manifestation du Conseil consultatif sur la prévention civile des crises, de la Fondation allemande de recherche sur la paix et de FriEnt.

-- Seul le texte prononcé fait foi --

Mesdames, Messieurs,

Cher Conseil consultatif sur la prévention civile des crises,

Il y a exactement un an, le conseil des ministres adoptait les lignes directrices « Prévenir les crises, gérer les conflits, promouvoir la paix ».

Dans ce document, nous avons fait le vœu de renforcer le conseil consultatif, et la présente manifestation est un premier pas collectif dans cette direction. Nous remercions vivement le conseil pour son invitation.

En 2016, les ministères ont commencé le travail de rédaction. Parallèlement, ils ont lancé le « Peace Lab », à la fois blog et série d’évènements ouverts à notre communauté d’experts pour discuter en ligne et hors ligne.

Alors porte-parole de mon groupe parlementaire pour les affaires internationales, j’ai moi-même contribué à l’époque au Peace Lab. Je suis d’autant plus heureux, dans ma nouvelle fonction de ministre adjoint aux Affaires étrangères, d’accompagner aujourd’hui sa mise en œuvre dans « mon » ministère et de poursuivre le débat avec vous, dans cette salle mais aussi en podcast, sur internet.

J’ai avancé en 2016 dans le Peace Lab que non seulement le gouvernement fédéral devait répartir les tâches de la politique de prévention, mais qu’il avait aussi besoin d’une stratégie interministérielle.

Je suis heureux de pouvoir dire aujourd’hui que nos lignes directrices forment cette base stratégique sur laquelle nous appuyer pour nous engager dans les crises de ce monde, encourager les solutions politiques, apaiser les souffrances humaines, lutter contre les causes de l’exil et contribuer à une meilleure sécurité mondiale - en un mot, pour assumer davantage de responsabilité.

Nous devons nous engager de manière précoce, rapide et stratégique pour soutenir efficacement la gestion internationale des crises. Les lignes directrices nous fournissent à cet égard une boussole adaptée à notre temps.

I. Lignes directrices

Certains d’entre vous ont accompagné l’élaboration des lignes directrices encore plus étroitement que moi.

J’aimerais cependant aborder quelques points importants comme jalons pour cette soirée :

1. Nous avons défini les principes de notre politique de paix.

Ils associent nos intérêts aux valeurs auxquelles est attachée l’action publique de l’Allemagne. Ils donnent ainsi un fil directeur pour choisir les champs d’action et les instruments dans différents contextes de crise.

2. Les lignes directrices représentent notre boussole pour les différentes phases de conflit qui, dans les faits, se chevauchent souvent :

    Elles soulignent l’importance de la prévention, comme l’a d’ailleurs fait le secrétaire général de l’ONU M. Guterres dans son programme de réforme. Nous y décrivons des approches analytiques qui nous permettent de mieux identifier les évolutions des crises, et par conséquent d’élaborer des mesures de prévention plus ciblées.

    Outre la prévention, quand un conflit armé a déjà éclaté, nous disposons aussi d’instruments décrits dans les lignes directrices. Dans son approche de la stabilisation, le ministère fédéral des Affaires étrangères a élaboré une stratégie visant à récolter rapidement les dividendes de la paix. C’est une manière de soutenir les processus de paix. Parallèlement, nous développons notre expertise en matière de médiation et la faisons fructifier politiquement.

    Un exemple : nous mettons tout en œuvre au Yémen pour soutenir l’Envoyé spécial des Nations Unies afin qu’une perspective de paix puisse renaître. Avec la Berghof Foundation, nous soutenons la seule plateforme de haut niveau qui accueille actuellement des discussions politiques informelles entre les parties au conflit. Cette médiation « track 2 » permet de maintenir des canaux de discussion jusqu’à ce que de nouveaux pourparlers de paix officiels puissent avoir lieu.

    Mais ce qui est tout aussi clair, c’est que la paix ne réussit qu’à long terme. Résoudre les conflits est une activité au long cours - ce que l’Afghanistan continue en tout cas de nous apprendre jusqu’à ce jour. Nous devons donc investir à long terme dans la société civile, dans ceux qui incarnent une transformation positive, et en même temps renforcer les capacités des structures étatiques.

Rien que ces trois dimensions le montrent : aucun ministère ne peut y parvenir à lui seul. Pour cela, nous avons besoin de la fameuse « approche globale », qui associe les approches civiles, policières et militaires, à court et long terme, et utilise les différents outils de manière stratégique.

Les lignes directrices obligent le gouvernement fédéral à une « action interministérielle ».

    À Berlin, elles ont donné le signal de départ de groupes de travail interministériels sur la promotion de l’état de droit et la réforme du secteur de la sécurité.

    Des rencontres d’experts et d’intéressantes contributions au débat sur le blog Peace Lab ont donné suffisamment de matière tirée de la société civile et de la pratique.

    Le temps est venu d’élaborer des stratégies interministérielles, c’est-à-dire de formuler les champs d’action des lignes directrices.

J’avais formulé cette demande dans ma contribution au blog en 2016 : les lignes directrices ne doivent pas rester un document de stratégie abstrait, mais elles doivent au contraire donner des consignes d’action concrètes.

Mais même muni de la meilleure boussole nationale au monde, il est naturellement impossible de réussir seuls : le réflexe européen est aussi intégré à la gestion allemande des crises que le réflexe « onusien ».

En matière de gestion de crise, il existe pour ainsi dire une exigence à 360 degrés : les partenaires bilatéraux et multilatéraux doivent se présenter de manière coordonnée sur le terrain, entre eux et en leur propre sein, s’ils veulent obtenir des avancées avec les partenaires locaux.

C’est pourquoi nous sommes d’autant plus heureux que les lignes directrices aient également reçu un écho favorable à l’échelon international.

Nos principes ambitieux et nos engagements concrets ont marqué les esprits aux Nations Unies à New York comme à Bruxelles, chez nos collègues comme dans la société civile.

Stratégie globale de l’UE

Cela m’amène à notre discussion du soir : « l’Europe, puissance de paix ». Quelle est la contribution de l’Allemagne ?

Comment inscrire la politique allemande de paix, telle qu’elle est formulée dans les lignes directrices, dans le contexte européen ? La question est pertinente à plusieurs points de vue.

Depuis 2010, une tendance pacifique qui montait depuis des décennies s’inverse : les affrontements violents se multiplient, deviennent plus complexes, durent plus longtemps et ont lieu devant notre porte voire, dans le cas de l’Est de l’Ukraine, sur notre continent même.

Les faits l’ont montré : nous n’étions pas préparés à ces crises. Pas plus l’UE que l’Allemagne.

Ce n’est donc pas un hasard si l’Allemagne et l’UE sont arrivées à la même conclusion et ont entamé une évolution quasiment parallèle : l’Allemagne et l’UE doivent plus que jamais jouer leur rôle d’« acteurs de la paix ».

Nous devons relever des défis qui ont changé, assumer une responsabilité commune et être parés pour les crises grâce à des structures efficaces et des ressources adaptées.

En ce sens, la réorientation de la gestion allemande des crises exprimée dans les lignes directrices renforce l’engagement européen et vice-versa.

Quelques exemples :

Au sein de l’Union européenne, nous avons contribué activement à l’élaboration de la Stratégie globale tout en poursuivant notre expérience nationale (à savoir examen « Review 2014 » et création de la DG S (prévention des crises, stabilisation, consolidation de la paix après les conflits et aide humanitaire) au ministère fédéral des Affaires étrangères). L’approche intégrée est ainsi devenue le leitmotiv de la gestion européenne des crises et un élément en phase avec l’esprit des lignes directrices.

Avec PRISM, le service européen pour l’action extérieure a donné une division sœur à la DG S du ministère fédéral des Affaires étrangères. Ses missions : prévention des conflits, stabilisation, médiation et mise en œuvre de l’« approche intégrée ».

Le gouvernement fédéral soutient PRISM au plan politique, stratégique et humain.

La Stratégie globale a entraîné d’autres dynamiques encore dans le domaine de la gestion des crises de l’UE.

Le Conseil européen a ainsi formulé des objectifs ambitieux en termes de politique de sécurité et de défense en vue de la stratégie globale. L’Union européenne doit être en mesure

    de réagir de manière opérationnelle aux crises et aux conflits,

    de développer les capacités des partenaires pour renforcer leur résilience et

    d’assurer la sécurité de l’Union et de ses citoyens.

Il nous faut pour cela une politique de sécurité et de défense commune performante qui permette une gestion de crise autonome de l’UE tant par ses capacités civiles que militaires.

Le gouvernement fédéral s’engage donc activement pour le développement et l’approfondissement de la politique de sécurité et de défense commune. L’an dernier, nous avons fait avec nos partenaires de l’UE un pas important.

La création de la coopération structurée permanente dans le secteur de la défense constitue un nouveau moyen de renforcer les capacités militaires de l’UE. 25 États membres y participent et nous sommes en train de mettre en œuvre des projets concrets.

Cette année, nous voulons obtenir des progrès comparables dans le cadre de la PSDC civile, car sans renforcement de sa composante civile, le développement de la PSDC serait incomplet.

Notre objectif est de passer un accord d’ici la fin de l’année, au niveau européen, entre les États-membres et l’UE en tant que telle pour améliorer les capacités civiles en termes qualitatifs et quantitatifs.

Nous y travaillons, dans l’esprit de l’accord de coalition qui se donne pour objectif de consolider l’Europe comme puissance de paix en s’appuyant prioritairement sur les moyens civils.

Mesdames, Messieurs,

Ces dernières années, nous avons pu contribuer à l’architecture européenne de règlement des conflits et beaucoup de pas ont été faits dans la bonne direction.

Il y a néanmoins un élément central dans les lignes directrices : c’est que seules des solutions politiques peuvent sécuriser la paix de manière durable et viable.

De même que l’engagement de l’Allemagne suit le « primat du politique », les instruments que j’ai cités au plan européen doivent suivre une stratégie politique claire.

Il revient aux États membres de répondre et c’est bien la partie la plus difficile : d’un côté, nous devons exiger une action stratégique de la part de l’UE et une direction politique du SEAE, et de l’autre nous devrons nous y ouvrir et l’accompagner au plan bilatéral.

Je vous remercie de votre attention !

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