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Écologistes : jusqu’où iront-ils ?

Robert Habeck et Annalena Baerbock, les deux co-présidents des Verts allemands

Robert Habeck et Annalena Baerbock, les deux co-présidents des Verts allemands, © ZB

21.06.2019 - Article

Une « vague verte » a déferlé aux élections européennes en France et en Allemagne. Un mois plus tard, les Verts allemands sont donnés au coude-à-coude avec la CDU d’Angela Merkel dans les sondages. L’Allemagne élira-t-elle un jour un chancelier Vert ?

S’ils étaient appelés aux urnes dimanche, les Allemands voteraient à 27 % pour les Unions chrétiennes (CDU/CSU), à 26 % pour les Verts et à 14 % pour le Parti social-démocrate (SPD). Le baromètre de la chaîne ZDF publié ce vendredi le confirme : de plus en plus d’Allemands sont tentés de voter Verts. Le parti écologiste vole de record en record depuis quelques mois. Il est arrivé deuxième lors des élections européennes, une première. Et il devance maintenant la CDU d’Angela Merkel dans plusieurs sondages. Faut-il s’attendre à changement de fond ?

« Les Verts doivent se préparer à revenir aux affaires après les prochaines législatives », affirme « Der Spiegel » dans son dernier numéro. Le magazine consacre sa Une à « l’amour fou » qui semble s’être installé entre le parti écologiste et les électeurs. « Même l’idée d’un chef de gouvernement issu des Verts ne semble plus aussi utopique », explique-t-il. Et les sondages lui donnent raison : une récente enquête Emnid pour le journal « Bild am Sonntag » donnait le co-président des Verts, Robert Habeck, favori pour la chancellerie dans le cœur des Allemands avec 51 % de soutiens, devant la nouvelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer.

Portés par la vague

Pourquoi un tel engouement ? Les raisons sont pour partis conjoncturelles. Les Verts, en cure d’opposition à l’échelon fédéral depuis 14 ans, donnent une impression de fraîcheur quand les partis de la Grande coalition semblent au contraire usés par près de six années de pouvoir sans interruption.

À cela s’ajoute le fait que leurs thèmes de prédilection sont dans l’air du temps. La sécheresse de l’été 2018 a marqué les Allemands. Elle les a convaincus que le changement climatique était désormais à leurs portes.

Les manifestations de jeunes « Fridays for future » ont enfoncé le clou, tandis que les thèmes environnementaux faisaient la Une des journaux : menace de déforestation de la forêt d’Hambach, disparition vertigineuse des abeilles, des insectes et de milliers d’espèces animales, envahissement des océans par les déchets plastiques. 57 % des Allemands, a révélé un sondage publié pendant la campagne des européennes, pensent que les Verts « défendent des valeurs qui leur importe à titre personnel ».

Envolée ou tendance de fond ?

Mais les Verts le savent : les envolées dans les sondages peuvent se terminer en déception à l’arrivée. Ils ne l’ont que trop douloureusement appris ces dernières années, notamment en 2011 après la catastrophe de Fukushima et en 2013 au moment des élections législatives. Leur campagne avait bien commencé, mais ils sont souvent comme des donneurs de leçons et ont fini à un peu plus de 8 %.

Ils abordent donc leurs succès actuels avec la plus grande humilité. Ils évoquent de « grandes chances » plutôt que leurs ambitions. Ils se concentrent sur leur travail d’opposition au Bundestag, qu’ils veulent respectueux et constructif. Et Robert Habeck n’entend pas déroger à la culture du duo paritaire comme tête de liste pour les futures échéances électorales.

Le patron du parti écologiste l’affirme cependant : la vague verte actuelle s’annonce durable. Car elle fait aussi intervenir une deuxième série de raisons, qui sont structurelles.

La principale est que les Verts allemands ont pris conscience qu’ils ne peuvent se contenter de surfer sur les préoccupations environnementales. Ils ont travaillé, et beaucoup, rapporte le « Spiegel ».

« Aujourd’hui, on nous écoute différemment »

Arrivés à la tête du parti en 2018, Robert Habeck, ancien ministre régional de l’Agriculture du Schleswig-Holstein, et Annalena Baerbock, ancienne députée du Brandebourg, ont, par exemple, fusionné leurs bureaux et créé un service pour les questions de fond. Mais surtout, ils ont élargi le programme des Verts de façon à couvrir l’ensemble des sujets de manière convaincante.

Et ce, y compris des thèmes autrefois laissés à la compétence d’autres partis comme l’économie ou la sécurité. Des contacts nourris et réguliers ont ainsi été noués avec le monde des entreprises et des syndicats (lui-même en train de s’éveiller à la nécessité de négocier un « virage vert »). Les mesures du programme se présentent aujourd’hui dûment financées et chiffrées.

Dans un parti traditionnellement divisé entre « réalistes » et « fondamentalistes », ce réalisme a-t-il heurté ? Pas le moins du monde. D’après l’enquête du « Spiegel », le parti est au contraire uni comme jamais.

Aujourd'hui les résultats deviennent peu à peu visibles. Les négociations avec la CDU/CSU et les libéraux pour former une coalition « Jamaïcaine » à l’automne 2017 ont constitué un premier tournant. Les Verts ont soudain donné l’impression de vouloir, et de pouvoir gouverner. Les bons sondages se sont ensuite succédés. Il y a un mois lors des élections municipales, le parti a remporté des succès dans de nombreuses grandes villes.

Tous le constatent à l’instar de Michael Kellner, directeur fédéral des Verts : « Ce qui a changé, c’est qu’on nous écoute différemment ».

À Berlin, les observateurs de la vie politique se posent désormais la question : jusqu’où iront les Verts ?

A.L.

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