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Démission de la présidente du SPD : quelles conséquences ?

Andrea Nahles a démissionné de ses fonctions de présidente du Parti social-démocrate (SPD) et de son groupe parlementaire au Bundestag

Andrea Nahles a démissionné de ses fonctions de présidente du Parti social-démocrate (SPD) et de son groupe parlementaire au Bundestag, © dpa

04.06.2019 - Article

Après l’échec des élections européennes, Andrea Nahles a démissionné de la présidence du Parti social-démocrate (SPD). Trois personnalités assurent l’intérim. Elles vont devoir répondre aux questions qui travaillent le parti. Le gouvernement, lui, reste au travail.

Une semaine après l’échec des élections européennes, où son parti n’a recueilli que 15,8 % des voix, la présidente du Parti social-démocrate (SPD), Andrea Nahles, a démissionné dimanche de tous ses mandats. Élue en avril 2018, elle était aussi la cheffe de file du groupe parlementaire du SPD au Bundestag depuis octobre 2017. Mais elle a estimé ne plus jouir du soutien nécessaire pour poursuivre son action et sortir le parti de la crise qu’il traverse dans les urnes depuis plusieurs années. Sa démarche a des conséquences immédiates pour le SPD, qui est l’un des partis de la coalition au pouvoir à Berlin. Elle annonce aussi des débats pour les mois et les années à venir.

Le SPD en quête de réponses

Le premier effet visible de cette décision a été la nomination d’une direction par intérim du SPD. Trois personnalités de la scène politique régionale ont été désignées lundi : la ministre-présidente de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer, la ministre-présidente du Mecklembourg-Poméranie occidentale, Manuela Schwesig, et le chef de file de l’opposition à l’assemblée régionale de Hesse, Thorsten Schäfer-Gümbel.

Aucune d’entre elles n’a l’ambition de se faire élire à terme président(e) du SPD. Mais toutes trois ont conscience de la responsabilité qui pèse sur leurs épaules : celle d’insuffler un nouvel élan au SPD pour préparer l’avenir. « Beaucoup de gens ont des attentes à notre égard, beaucoup sont déçus et se sont détournés de nous », a regretté Manuela Schwesig. « C’est une situation que nous n’avons pas recherchée. Mais face à elle, nous sommes prêts à prendre nos responsabilités ».

Les questions qui se posent au trio sont nombreuses. Elles touchent à l’organisation, mais aussi à la stratégie et aux contenus politiques : faut-il organiser un congrès du parti avant le congrès annuel de décembre ? Comment associer les militants aux décisions à prendre, sur les personnes comme sur l’orientation ? Faut-il opter pour une présidence bipartite, sur le modèle des Verts allemands, pour mieux tenir compte des débats qui animent le parti ?

Une première étape clé aura lieu le 24 juin. La direction du SPD se réunira pour décider des procédures à suivre. Elle devra aussi se concerter « sur le contenu politique et sur la stratégie pour l’avenir », a précisé M. Schäfer-Gümbel. D’ici là, toutes les idées émanant du terrain sont les bienvenues, souligne Lars Klingbeil, le secrétaire général du parti.

Un bilan à mi-parcours pour la Grande coalition

Parmi les questions qui vont se poser dans les mois à venir figurera aussi celle du futur de la Grande coalition. En effet, le SPD, entré à reculons dans l’actuelle coalition, avait fait inscrire dans le contrat de gouvernement qui le lie aux Unions chrétiennes (CDU/CSU) une clause nouvelle : elle stipule qu’un bilan de l’action gouvernementale doit être tiré à mi-mandat pour décider des suites à donner. L’accord de coalition ne fixe pas de date. Cependant, la moitié de la législature sera atteinte au cours de l’automne prochain. De plus, des élections régionales sont prévues dans l’est du pays les 1er septembre et 27 octobre.

D’ici là, le débat qui avait agité le SPD il y a un an et demi (gouverner avec la CDU/CSU pour faire avancer des projets ? Ou bien entamer une cure de jouvence dans l’opposition pour enrayer le déclin dans les urnes ?) ne devrait pas avoir perdu de sa vigueur.

Angela Merkel et le vice-chancelier Olaf Scholz. La nouvelle direction tripartite du SPD n’est « pas un signal d’instabilité », a souligné la chancelière
Angela Merkel et le vice-chancelier Olaf Scholz. La nouvelle direction tripartite du SPD n’est « pas un signal d’instabilité », a souligné la chancelière© dpa

L’Union chrétienne-démocrate (CDU), pour sa part, souhaite poursuivre la coalition. Le parti d’Angela Merkel a lui aussi subi de lourdes pertes au soir du 26 mai (28,9 %, soit - 6,5 points) même s’il est arrivé en tête. Mais pour sa présidente, Annegret Kramp-Karrenbauer, il importe que l’Allemagne reste « capable d’agir ».

Les chrétiens-démocrates ont pour cela plusieurs arguments en tête, révèlent les observateurs de la vie politique. Il y a, bien sûr, les incertitudes liées à de nouvelles élections : ne sera-t-il pas, comme en 2017, difficile de former un gouvernement en cas de poussée de l’AfD et des Verts ? Ces derniers ont doublé leur score (25 %) pour arriver en 2e position lors des élections du 26 mai… Mais il y a aussi le contexte, notamment en Europe où des nominations importantes sont prévues dans les instances européennes. De plus, l’Allemagne exercera la présidence allemande de l’Union européenne (UE) au second semestre 2020.

Le gouvernement « travaille »

Le gouvernement allemand reste donc fermement concentré sur son action. « Nous allons poursuivre le travail gouvernemental avec le plus grand sérieux et une grande conscience de notre responsabilité », a déclaré dimanche Angela Merkel.

La chancelière dit n’entrevoir aucun « signal d’instabilité » lorsqu’elle considère la personnalité des dirigeants par intérim du SPD. Elle n’observe pas de crise, mais une « situation nouvelle ». Or, « il faut accepter les choses telles qu’elles évoluent » au sein du SPD, dit-elle. Ce qui se passe actuellement « ne nous empêche pas de travailler ».

A.L.

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