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La République de Weimar redécouverte

Commémoration du centenaire de la rédaction de la Constitution de la République de Weimar hier, au théâtre national de Weimar

Commémoration du centenaire de la rédaction de la Constitution de la République de Weimar hier, au théâtre national de Weimar, en présence du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, du président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, et de la chancelière Angela Merkel, © dpa

07.02.2019 - Article

« Bonn/ Berlin n’est pas Weimar ». Pendant plus 60 ans, la République fédérale s’est construite en opposition à une République de Weimar (1919-1933) réduite à son échec final. À l’heure du centenaire, elle redécouvre son rôle dans l’enracinement de la démocratie.

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier par le maréchal Hindenburg. C’en est fini de la République de Weimar, première expérience démocratique menée en Allemagne dans le sillage de la Première Guerre mondiale et de la Révolution de novembre 1918. L’échec était-il programmé, notamment en raison des faiblesses et de l’instabilité du régime ? Beaucoup l’ont affirmé. Les pères fondateurs de la République fédérale eux-mêmes, en 1948-1949, ont rédigé la Loi fondamentale en gardant la Constitution de Weimar à portée de main, tant ils étaient obsédés par l’idée d’en répéter les erreurs. Mais à l’heure du centenaire de sa naissance, « Weimar », la République mal aimée, apparaît sous un nouveau jour. Et si ce régime né dans les pires conditions avait en réalité apporté une contribution majeure à l’enracinement de la démocratie en Allemagne ?

C’est dans cet esprit que les dirigeants allemands ont commémoré hier en grande pompe le centenaire de la rédaction de la Constitution de Weimar. La chose aurait été impensable il y a dix ans. En 2009, le 90e anniversaire avait été célébré dans l’humilité et la discrétion. Hier, au contraire, la cérémonie a réuni le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, le président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, la chancelière Angela Merkel et les représentants de tous les organes de l’État. Elle a eu lieu dans un lieu symbolique s’il en est : le Théâtre national de Weimar qui a vu œuvrer Goethe et Schiller avant d’accueillir la séance constituante de l’Assemblée nationale en 1919. Des descendants de responsables politiques de l’époque de Weimar, dont l’arrière-petit-fils du président Friedrich Ebert, avaient même fait le déplacement.

La séance a commencé à 15h15 précises. C’est l’heure à laquelle, le 6 février 1919, le président Ebert a inauguré les débats de l’Assemblée nationale de la République de Weimar. Il avait face à lui un parterre inédit de 423 députés, hommes et femmes, élus pour la première fois au suffrage universel trois semaines plus tôt. Ils étaient portés par l’élan d’un raz-de-marée citoyen : une participation de 83 % et trois voix sur quatre élisant des partis favorables à la République parlementaire. Et ils avaient une mission : rédiger une Constitution démocratique, ce qu’ils firent en 197 jours. Proclamé en juillet, le texte entrera en vigueur au mois d’août 1919.

1919, « un élan vers la démocratie »

« L’élection de [cette] Assemblée nationale a été un élan vers la démocratie », a résumé le président Steinmeier, le principal orateur de la cérémonie. Les regards du monde entier se sont tournés vers Weimar. Cette ville provinciale de Thuringe avait été choisie car elle était suffisamment éloignée de l’agitation qui régnait à Berlin tout en étant bien reliée et bien dotée en hôtels. Mais aussi parce qu’elle était le cœur de l’humanisme, des Lumières et de la culture dans lesquels la majorité des Allemands pouvaient se reconnaître.

Malheureusement, le travail de l’Assemblée constituante de Weimar « est resté bien trop longtemps dans l’ombre de son échec », a souligné le président. En RDA, les historiens y ont vu l’expression d’une « domination de classe » conduisant directement à la montée du nazisme, à l’Ouest, ils ont insisté sur les supposées « erreurs de construction » qui auraient facilité l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Or, a dit le président, « ils se sont ainsi, dans beaucoup de cas, épargné la difficile question de savoir ce qu’ils auraient eux-mêmes pu faire – comme responsables politiques, fonctionnaires, juges ou citoyens – pour éviter cet échec ».

Leçons pour notre époque

Frank-Walter Steinmeier a donc invité l’auditoire à profiter de ce centenaire pour changer l’image de la Constitution de Weimar. « Nous devons cesser de regarder [celle-ci] à travers sa fin. Elle était davantage que la préhistoire du nazisme. Elle n’était pas une voie toute tracée vers la barbarie ». Au contraire, a insisté le président. Elle a fait de l’Empire une République et du peuple le souverain. Elle a inscrit dans le marbre les libertés fondamentales qui restent le socle de la démocratie : liberté d’opinion, de réunion, d’expression, droit de vote des femmes, égalité des sexes dans le mariage, abaissement de 25 à 20 ans de la majorité électorale, etc. Elle a donné de nouveaux droits sociaux.

Bref, une Constitution « très progressiste dans ses objectifs », a déclaré le président. Mais une Constitution qui est malheureusement arrivée au sein d’une société « profondément divisée », marquée par la défaite allemande de 1918 et ébranlée par l’inflation, les crises économiques et le chômage de masse. C’était, a-t-il dit, « une bonne Constitution dans une mauvaise époque ».

De ce constat, le président a tiré des enseignements pour le présent. Ce n’est pas le texte de la Constitution qui signe son succès ou son échec, mais la réalité sociale, aujourd’hui comme hier, a-t-il rappelé. « Beaucoup des idéaux de Weimar en matière de liberté, de démocratie, d’État de droit et d’État social, n’ont pas échoué historiquement et continuent de vivre comme fondement de notre propre République ».

Angela Merkel dans la discussion avec des lycéens : « C’est à chaque génération de mener le combat pour la démocratie »
Angela Merkel dans la discussion avec des lycéens : « C’est à chaque génération de mener le combat pour la démocratie »© dpa

Cela signifie aussi qu’une bonne Constitution n’est pas une garantie sans faille. « La réussite de la démocratie aujourd’hui est aussi peu garantie que son échec était programmé il y a cent ans », a exhorté M. Steinmeier. Le président, tout comme la chancelière Angela Merkel, sont ensuite eux-mêmes passés de la théorie à la pratique en rejoignant des classes de lycéens pour discuter avec eux de la démocratie en 2019.

A.L.
 

Plus d’informations :

Office de presse et d'information du gouvernement allemand (en allemand)
Lire le discours du président allemand, Frank-Walter Steinmeier (en allemand)
Pour aller plus loin sur la République de Weimar : Agence fédérale pour l´Éducation civique (en allemand)

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