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« Agir ensemble et très résolument pour la diversité et la tolérance. »

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas, © Thomas Imo/photothek.net

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas, © Thomas Imo/photothek.net

31.07.2018 - Article

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Heiko Maas s’exprime dans une interview accordée au quotidien Bild. Les thèmes : relations transatlantiques, son déplacement en Asie, discussion autour de Mesut Özil.

Vous êtes le chef de la diplomatie allemande depuis près de quatre mois. Quel est votre principal constat pour cette période ?

Mon principal constat est qu’il n’y a plus aucune certitude en politique étrangère. La validité des traités internationaux, le fonctionnement des alliances, tout cela allait de soi jusqu’à présent. Manifestement, ce n’est plus le cas. Cela rend le monde plus opaque et plus compliqué. Et plus dangereux !

...tout cela uniquement parce que Donald Trump est président des États-Unis ?

C’est l’une des raisons mais pas la seule ! Quand des alliés de longue date se menacent réciproquement de guerre commerciale et que des traités négociés avec bien du mal – comme l’accord nucléaire avec l’Iran – sont balayés d’un seul coup, alors il devient de plus en plus difficile de réagir comme il le faudrait. Nous devons donc opérer avec d’autant plus de clarté et de modération.

Il n’empêche que la politique étrangère classique n’a rien apporté ou pas grand-chose : la Crimée est toujours occupée par la Russie, et le conflit israélo-palestinien, non résolu. Et en Syrie, le dictateur Bachar Al‑Assad continue de massacrer la population. De nouvelles idées ne s’imposent‑elles pas enfin ?

Si, bien sûr, mais il faut qu’elles soient raisonnables ! Menaces débridées sur Twitter, cris de guerre, suivis d’une grande mise en scène de réconciliation, tout cela n’est ni raisonnable ni responsable. Ce n’est pas comme cela que fonctionne la politique.

Dans le conflit commercial avec l’Union européenne, le président américain a quand même remporté dans un premier temps un succès avec cette méthode. Même chose pour le conflit avec la Corée...

C’est l’avenir qui le dira. Le conflit qui menaçait en Corée est‑il déjà réellement réglé ? Je suis sceptique. Ce serait une bonne chose, c’est indéniable, mais en réalité le régime du dictateur nord-coréen Kim fait preuve actuellement vis‑à‑vis de sa population d’une brutalité encore plus grande qu’auparavant. Quant à savoir si la Corée du Nord va maintenant abandonner du jour au lendemain des stratagèmes utilisés depuis des décennies en liaison avec son programme nucléaire, juste à cause d’une poignée de main de MM. Kim et Trump, j’en doute.

La rencontre de Singapour a pourtant constitué un progrès. En revanche, en Syrie, le massacre se poursuit, et le régime de Damas est en train de gagner finalement sa guerre contre le peuple. Est‑ce que vous imaginez pouvoir un jour à nouveau serrer la main de Bachar Al‑Assad ?

Non, je ne peux pas et je ne veux pas me l’imaginer. De manière générale, on doit pourtant être prêt, en tant que ministre des Affaires étrangères, à négocier justement avec ceux qui ne partagent pas nos valeurs, voire les rejettent. Toutefois, il y a une limite à tout. Pour les criminels de guerre, tout retour sur la scène politique internationale devrait être exclu.

Vous étiez à Séoul cette semaine. Avez‑vous également parlé avec votre homologue de l’échec de l’Allemagne à la Coupe du monde de football, contre la Corée justement ?

(rire) Je lui ai dit que cet échec avait certes pour nous un goût amer, mais que je n’en voulais pas pour autant aux Coréens d’avoir gagné – et que pour le montrer, j’étais quand même venu à Séoul...

Sérieusement, l’échec de l’Allemagne et la discussion autour de Mesut Özil ont déclenché chez nous un immense débat sur l’intégration et notre attitude à l’égard des migrants. Cela nuit‑il à l’image de l’Allemagne à l’étranger ?

Cela nuit à l’image de l’Allemagne lorsque l’on a l’impression que le racisme a de nouveau une certaine respectabilité chez nous. Nous n’avons pas le droit de tolérer que des personnes issues de la migration se sentent menacées. Nous devons agir ensemble et très résolument pour la diversité et la tolérance.

Le débat ne montre‑t‑il pas aussi que nous avons encore actuellement, en Allemagne, un problème quant à l’attitude à adopter face aux migrants ?

Le débat montre malheureusement la grande hostilité à laquelle les migrants sont encore confrontés chez nous. Le nombre des attaques xénophobes et antisémites est également d’une ampleur préoccupante. C’est tout simplement une honte pour notre pays.

Lorsqu’un élu communal du SPD (Bernd Holzhauer) traite Özil d’« enc... de chèvres », cela fait des vagues, en Turquie tout spécialement. Pourquoi le SPD n’exclut‑il pas tout simplement un tel membre ?

Nous n’avons pas le droit de laisser passer de telles insultes. Les invectives racistes sont purement ignobles, d’où qu’elles viennent. Malheureusement, la xénophobie et l’antisémitisme restent à l’ordre du jour en Allemagne. Il est important de s’y opposer tous ensemble.

Votre camarade du SPD, l’ex‑chancelier Gerhard Schröder, vous a violemment critiqué en raison de votre première réaction à l’affaire Mesut Özil. En êtes‑vous affecté ?

Non. Cela se passe de tout commentaire...

Propos recueillis par Rolf Kleine

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