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Andrea Nahles, une battante au grand cœur à la tête du SPD 

Andrea Nahles, une femme de tête et de cœur à la tête du SPD

Andrea Nahles, une femme de tête et de cœur à la tête du SPD, © dpa

25.04.2018 - Article

Pour la première fois en 155 ans d’histoire, le Parti social-démocrate allemand (SPD) a élu une femme à sa tête. Andrea Nahles, 47 ans, a la délicate mission de redresser un parti de gouvernement au plus bas. Portrait.

Au moment de passer le bac, elle avait inscrit dans le journal de sa promotion : « Désirs professionnels : femme au foyer ou chancelière ». Dimanche dernier, à 47 ans, Andrea Nahles s’est peut-être rapprochée du second objectif. Avec 66 % des voix, l’ancienne ministre fédérale du Travail et des Affaires sociales (2013-2017) a été élue présidente du SPD (Parti social-démocrate allemand). En près de 155 ans d’histoire, c’est la première fois qu’une femme prend la tête du plus ancien parti d’Allemagne. Elle aura la lourde de tâche de le sortir de l’ornière des défaites électorales tout en soutenant l’activité gouvernementale que le SPD partage avec la CDU/CSU d’Angela Merkel. Mais le défi n’effraie pas cette battante au tempérament « un peu éruptif » (de son propre aveu) louée pour son pragmatisme.

 

Elle a bien réfléchi. Et sa conclusion est simple : « je crois que j’en suis capable ». Les idées claires et le parler franc sont la marque de fabrique d’Andrea Nahles. Depuis toujours. Elle leur doit probablement une carrière politique à laquelle rien ne la prédestinait. Fille de maçon, elle grandit à la campagne, dans un petit village de l’Eiffel (Rhénanie-Palatinat) qui reste son port d’attache. À 18 ans, elle adhère au SPD et… déjà crée de toute pièce une section dans son village sans se soucier du qu’en dira-t-on. Parallèlement, elle suit des études de lettres, philosophie et sciences politiques à l’université de Bonn. Et elle grimpe rapidement les échelons.

Poil à gratter

En 1995, elle a 25 ans quand elle décroche son premier poste en vue : patronne des Jusos (jeunes socialistes). La fonction convient bien à son profil marqué à gauche et à son tempérament rebelle. Elle l’occupe pendant quatre ans. En 1998, Gerhard Schröder ramène le SPD au pouvoir après seize ans d’absence et elle est élue au Bundestag. Puis elle gravit rapidement les marches : membre du comité de direction du SPD (1997-2003), membre de la présidence du parti (depuis 2003), vice-présidente du SPD (depuis 2007), secrétaire générale du parti (2009-2013). Battue en 2002, elle retrouve également son siège de députée à partir de 2005.

Catholique engagée, d’un naturel aussi gai et drôle que combatif, Andrea Nahles se fait vite remarquer. Elle n’hésite pas à donner de la voix quand elle n’est pas d’accord, en particulier quand il est question de justice sociale. Et c’est le cas en 2004-2005, lorsque Gerhard Schröder fait passer son Agenda 2010 et sa fameuse loi Hartz IV. Cette dernière hérisse une partie du SPD, dont Andrea Nahles fait partie. En mars 2017, lors d’un congrès du SPD, l’ancienne rebelle sera pourtant la première à défendre les réformes de l’ancien chancelier.

Franche, pragmatique, bosseuse

La mission d’Andrea Nahles : permettre au SPD de se renouveler tout en participant à l’action gouvernementale
La mission d’Andrea Nahles : permettre au SPD de se renouveler tout en participant à l’action gouvernementale© dpa

C’est que les années – et les responsabilités – ont révélé d’autres facettes de la personnalité d’Andrea Nahles. Sa faconde et son goût de la provocation demeurent, au risque de polariser, mais elles s’ajoutent à des qualités louées jusque dans le camp adverse : d’éminents talents de négociatrice, une capacité à nouer des compromis, une profonde connaissance des dossiers. Bref, un pragmatisme certain qui inspire le respect.

On a vu ces qualités à l’œuvre lorsqu’Andrea Nahles a rejoint les rangs du gouvernement en 2013. Pendant quatre ans, cette bosseuse a fait de son ministère (celui du Travail et des Affaires sociales) l’un des plus productifs du gouvernement. Elle a imprimé sa marque sur des réformes majeures de la législature : la création d’un salaire minimum, la retraite à 63 ans, etc. Elle a mené son ministère tambour battant, en lançant par exemple de vastes consultations sur des thèmes comme l’avenir du travail à l’ère numérique.

De la défaite au défi

Les élections de septembre 2017, où le SPD a obtenu son pire score de l’après-guerre, ne l’ont pas abattue. Le résultat connu, elle n’a pas tergiversé : « Nous avons besoin d’un nouveau départ aussi bien en ce qui concerne le programme que l’organisation », a-t-elle dit. Il était évident pour elle, comme pour les autres dirigeants du parti, que le salut viendrait d’une cure d’opposition. Et Andrea Nahles s’est immédiatement portée candidate à la présidence du nouveau groupe parlementaire du SPD pour en prendre la tête.

Mais les négociations pour former une coalition de gouvernement « jamaïcaine » ont échoué. Et le SPD a dû se résoudre à revenir au gouvernement. Les négociations avec la CDU-CSU ont été serrées, et Andrea Nahles y aurait joué un rôle majeur. C’est également elle, début mars, qui a apporté aux militants du SPD le discours argumenté et enflammé dont ils avaient besoin pour apporter leur soutien à l’accord de gouvernement. Pragmatisme toujours…

À la tête du SPD et de son groupe parlementaire, Andrea Nahles va en avoir besoin. Elle sait qu’elle aura fort à faire. Pour concilier redressement du parti et solidarité gouvernementale. Pour trancher les débats qui traversent le parti. Sans compter les critiques sur sa personnalité qui polarise…

La nouvelle femme forte de la démocratie allemande l’a cependant montré : elle a des atouts. Elle possède en outre un bon sens qui la rend proche des gens. « Quand je suis dans la rue le samedi après-midi, il y a toujours pas mal de gens qui passent, on bavarde beaucoup et je sais ce que les gens pensent vraiment », a déclaré un jour la ministre, également mère d’une fille de sept ans. Femme au foyer ? Chancelière in spe ? Ou les deux ?

A.L.

 

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