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Avec ma classe préparatoire du lycée Carnot, nous étions...

01.10.2019 - Article

...en voyage de classe à Berlin par hasard du 5 au 12 novembre 1989, emmenés par notre professeur d'allemand, Frau von Bardeleben.

Nous avons eu la chance de vivre ces moments inoubliables. Nous avions à l'époque entre 17 et 19 ans. Certains ont vu M. Rostropovich jouer spontanément à Checkpoint Charlie, d'autres étaient à l'ouverture d'un autre point de passage assister à la réunion de familles séparées depuis plus de 20 ans, plusieurs d'entre nous sommes repartis avec un éclat du mur de Berlin, mais surtout, nous sommes partis avec l'idée que tout est possible.

Amaury de Buchet

L'impact principal dans ma vie c'est que si un jour on me propose de construire un mur qui séparerait la ville de Clamart en deux je dirai « Non. C'est pas une bonne idée ».
Sebastien Adamowicz

Je rêverais de parler encore l'allemand comme à l'époque. Très tristement l'anglais au travail depuis toujours a balayé mon allemand et j'en suis très triste. Mais bon, je sais encore commander des Kartoffeln mit Salat. Je suis retournée 4 fois à Berlin depuis et à chaque fois je suis toujours aussi émue de découvrir les changements ou de retourner sur les traces du passé ... A chaque visite de musée (Mauer Museum, Topographie des Terrors) les larmes montent ... je dois être très fleur bleue avec cette ville ...
Catherine Robert

Perso, c'est pas vraiment les lieux ou la douce langue (que j'ai peu pratiquée) qui m'ont re-ému... c'est plutot l'idée de ces murs qui tombent et de l'émerveillement des gens qui découvraient l'abondance, qui retrouvaient des amis ou de la famille... et ce qui m'a rendu très sensible à ces moments où l'on cherche à construire des ponts plutôt que des murs... ce qui évidemment en ces temps nationalistes égoïstes est plus rare...
Eric Weisman

Les premiers contacts avec la partie Est de Berlin nous dévoilent une ville comme momifiée, d’un autre monde, avec ces grandes avenues sans circulation, toutes ces petites Trabants qui ressemblent presque à des jouets, et tous ces habitants qui ne vous adressent pas la parole et vont, concentrés, à leur occupation, ou font la queue devant des magasins à moitié vides.
Les premiers contacts avec la partie Est de Berlin nous dévoilent une ville comme momifiée, d’un autre monde, avec ces grandes avenues sans circulation, toutes ces petites Trabants qui ressemblent presque à des jouets, et tous ces habitants qui ne vous adressent pas la parole et vont, concentrés, à leur occupation, ou font la queue devant des magasins à moitié vides.© Classe préparatoire HEC du lycée Carnot '89

Pareil. Le regard des gens qui s’aperçevaient dans la foule. Les visages qui se décomposaient en se re-découvrant aux premières heures de l'ouverture. Et sur le mur à la porte de Brandebourg, au crépuscule, avec d'un côté une foule immense, des flashs, des projecteurs, des caméras. De l'autre côté, en pivotant la tête, Berlin-Est vide avec un cordon d'une vingtaine de VoPos qui nous regardent.
Et tout ca après avoir passé la journée de la veille en RDA dont les magasins étaient quasi vides. Avec un contrôle douanier assez sévère et un contrôle des changes...
Je me rappelle du brouhaha le lendemain dans le métro et Mme von Bardeleben a demandé ce qui se passait et là nous avons tous filé vers l'ouverture du Mur... On a tous pleuré d'émotion devant cette porte qui s'est agrandie au fil de la journée. Les futurs ex-RDA ahuris de pouvoir s'échapper....
Visnia Berah

Ajoutons le mélange incrédule devant les Trabants qui arrivaient, et aussi les effusions joyeuses et les hugs pour ceux qui arrivaient (spéciale dédicace à Ludo Baudet dont l'imperméable de l'époque pouvait laisser croire à nos nouveaux amis que Ludo était déjà un transfuge) .....
Eric Weisman

Je me souviens également avoir été chassé de la plateforme de checkpoint Charlie par Christine Ockrent qui voulait y présenter le JT d'Antenne 2.
Sebastien Adamowicz

C’était un grand choc ces instants-là aux points de passage, avec les premières Trabants qui passaient aussi. Et puis les Berlinois de l’Ouest qui les acclamaient et qui ont tout de suite organisé des repas pour tout le monde dans les rues.
C’était un grand choc ces instants-là aux points de passage, avec les premières Trabants qui passaient aussi. Et puis les Berlinois de l’Ouest qui les acclamaient et qui ont tout de suite organisé des repas pour tout le monde dans les rues.© Classe préparatoire HEC du lycée Carnot '89

Je viens de remettre la main sur mes photos ... je m'étais permise comme vous de photographier la foule de Berlinois de l'Est qui passaient de l'autre côté complètement bouleversés, qui n'en croyaient pas leurs yeux, qui montraient leurs papiers, leur argent, et traversaient en famille sous un flot d'émotions. C'était un grand choc ces instants là aux points de passage, avec les premières Trabants qui passaient aussi. Les plus âgés s'accrochaient aux plus jeunes, ca me noue la gorge à chaque fois que je revois ces scènes ... Il y avait un pépé qui voulait absolument me montrer ses papiers d'identité... Et puis les Berlinois de l'Ouest qui les acclamaient et tout de suite qui ont organisé des repas à tout le monde dans les rues ... La journée de la veille à Berlin-Est était dingue aussi ... Avec les rayons vides des épiceries, la queue avec ticket devant la librairie principale (j'y ai acheté un manuel scolaire pour enfant ... édifiant ). Les rues vides oui et la grisaille partout.
Catherine Robert

Je me souviens être allée au marché aux puces polonais acheter un chapeau vert que je portais à la fin du séjour ... et puis ensuite quand j'ai vu tous les Berlinois de l'Est j'avais honte ... je me suis dit que j'étais une maudite petite étudiante de l'Ouest...
Vous vous souvenez de l'ambiance lors de la visite du stade des JO de 1936 à l'Est ? Ce silence bien lourd et la tristesse partout...
Tu as raison Amaury, Sebastien aussi, on était tellement dans l'instant de ces minutes là qu'on était pas du tout que des spectateurs jour et nuit. On avait bien saisi les jours d'avant la chute du Mur qu'il y avait deux peuples séparés et qui vivaient à quelques mètres de distance, séparés par un no man's land et deux régimes si différents, qui vivaient sur deux planètes complètement opposées et qui ne se parlaient plus ... et puis paf, tout à coup tout se libère et alors plus rien n'avait l'air d'être sous contrôle.
À chaque fois que je retourne à Berlin j'adore le mélange des genres qu'on y trouve, et cette créativité partout dans la réunion des opposés.
Je me souviens des éffusions joyeuses et de la liesse incroyable sur le mur et aux points de passage, mais je me souviens aussi des larmes des Berlinois de l'Est qui ne pensaient jamais retourner à l'Ouest ou qui y avaient laissé des proches, et qui marchaient vers l'Ouest sans savoir exactement ce qu'ils allaient y trouver. Ils suivaient le flot et ouvraient grands les yeux. Beaucoup souriaient et pleuraient en même temps, c'ètait un sacré ramassis d'émotions !
Catherine Robert

Photo de nous sur le Mur la nuit du vendredi 9 novembre '89
Photo de nous sur le Mur la nuit du vendredi 9 novembre '89© Classe préparatoire HEC du lycée Carnot '89

Une fois grimpés sur le Mur, la conscience est tombée brutalement en nous que nous vivions un moment historique, un moment de libération incroyable, de liesse inédit, de fraternité soudaine, et que c'était peut-être le début de quelque chose d'inimaginable qui allait nous dépasser... Sur ce Mur au milieu des milliers de personnes qui étaient là, nous vivions une sorte de chaos joyeux, mais c'était finalement un chaos qui aurait pu tourner bien différemment car nous ne savions rien des intentions réelles des forces de sécurité en face de nous... Côté Est, les Vopos étaient au pied, à nos pieds, nous regardaient avec leurs lances à eau, mais ils nous laissaient faire.... Cela paraissait surréaliste... Nous sentions qu'ils ne voulaient pas qu'on descende de « l'autre côté », qu'être SUR le Mur était toléré mais qu'il ne fallait pas l'abîmer... le lendemain la foule des citoyens ouest-allemands et étrangers présents n'ont eu qu'une seule et même pulsion, celle de le détruire fragment par fragment et de faire tomber en quelques heures à peine ce symbole de la division forcée entre l'Est et l'Ouest... Le sort était jeté... C'était phénoménal de voir des personnes venues avec des haches pour le casser de toutes leurs forces. C'était comme si, ce soir-là du 9 novembre, les Vopos n'étaient que les derniers remparts symboliques d'un régime qui a lâché tout le lest en quelques heures...
C'était vraiment un merveilleux chaos cette nuit du 9 novembre, et je pense que chacun d'entre nous présent sur ce Mur aurait voulu que ça dure encore et encore cette nuit là...«
Catherine Robert

Nous tous là nous comprenons et ressentons parfaitement l'intensité de tout cela, mais c'est quand même difficile de le transmettre aussi intensément à d'autres qui ne l'ont pas vecu.
Quand nous sommes allés à Berlin pour le marathon, il y a 3 ans, nous étions avec des copains, et j'ai eu beau passer mon temps à leur relater dans la ville même cette semaine de dingue de novembre 1989, ils n'arrivaient pas à mesurer totalement ce qui avait été vécu à ce moment-là...
Visnia Berah

Quand on relit ce moment, ce qui est incroyable, c'est que rien n'était perceptible la veille de l'évènement...
Deuxième point incroyable : la prise de risque d'être là au pied du mur, alors même que la situation aurait pu dégénérer et nous nous serions retrouvés dans cette tourmente ! Combien d'entre nous, devenus parents loueraient cette liberté d'aller et venir pour nos (grands) enfants s'ils avaient été à Hong Kong ces jours-ci (@Ludovic Baudet : tu nous dis quelque chose sur la situation vécue la bas ?)... Merci donc à nos profs accompagnateurs !
Eric Weisman

Manifestation à Hong Kong, 2019
Manifestation à Hong Kong, 2019© Ludovic Baudet
Oui Eric, je me souviens que la chute du Mur est le résultat de manifestations géantes qui avaient commencées à Dresde quelques mois plus tôt. La guide qui était dans notre bus lors de la visite de Berlin-Est en avait parlé à la fin sur un ton très prudent. Elle ne pouvait pas savoir que le lendemain ca serait fini. C'est pareil ici à Hong Kong, on a assisté à quatre énormes manifestations (de 1 à 2 millions de personnes), et qui sait ? Ca pourrait déboucher sur un évènement aussi historique. En tout cas, je pense souvent à Berlin 89 quand je vois ce qui se passe ici.
Vous vous souvenez des titres des journaux le lendemain? Je voyais tout le monde lire ca dans le métro le vendredi matin, mais je n'avais aucune idée que le Mur était tombé... voila ce que c'est que d'inviter les hispanisants!
Ludovic Baudet

Malgré les regards furieux - et les interventions - des Vopos, chacun essaie d’extraire un petit morceau du Mur près de la Brandenburger Tor. 30 ans plus tard, nous avons toujours nos morceaux !
Malgré les regards furieux - et les interventions - des Vopos, chacun essaie d’extraire un petit morceau du Mur près de la Brandenburger Tor. 30 ans plus tard, nous avons toujours nos morceaux !© Classe préparatoire HEC du lycée Carnot '89

Trouvé !! Dans mon souvenir il était bien plus grand...
Sophie Bornstein

Le mien n'est pas plus grand et n'a jamais quitté la petite boîte achetée au marché à l'Est deux jours plus tôt ...
Caroline Lejeune

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